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Peut-on tolérer l’intolérance ? | Bulle #5

Dernière mise à jour : il y a 17 heures

La question est d’actualité. À y réfléchir superficiellement, on répondra oui. Si c’est une question de pouvoir, oui, on le peut. Je peux tolérer que le chien du voisin fasse ses besoins sur mon paillasson. Et la Suisse peut tolérer que certaines de ses entreprises vendent des composants qui seront utilisés pour des armes de guerre. C’est donc ce qui se passe dans toute démocratie actuelle, qui tolère un certain degré d’intolérance. Mais le doit-on ? C’est plutôt sur cette reformulation, « doit-on tolérer l’intolérance ? », que nous nous sommes penchés.

 

Le paradoxe n’est pas nouveau. Supposons que oui, nous devons être tolérants avec tout le monde. Nous faisons alors le jeu de l’intolérance et nous voilà dans le camp opposé. Supposons que non, nous devons être intolérants envers les comportements intolérants, nous voilà au même point. Il semble que quoique l’on choisisse, nous serions voués à l’intolérance.

 

Pour commencer, nous avons discuté qui est ce « on » de la question. Est-ce l’individu ou le citoyen ? La question est-elle : dois-je tolérer que le chien du voisin fasse ses besoins dans mon gazon ou est-il tolérable que ce chien fasse ses besoins dans la rue. Est-il tolérable que la Suisse, neutre, participe indirectement aux guerres. Nous avons remarqué que si la réflexion débute bien souvent à la première personne, une réflexion digne de ce nom s’inscrit aussi dans une réflexion plus collective. La question possède donc une amibiguïté irréductible.

 

Si le paradoxe n’a pas été évoqué tel quel lors des échanges, il s’est pourtant trouvé en arrière-fond des nombreuses prises de parole. Ainsi, une participante s’inquiète : « Il y a à la fois une peur de la tolérance et une peur de l’intolérance. » Nous sommes sur un spectre qui va de la mollesse à la tyrannie. À une autre participante de répondre : « Si la tolérance est synonyme de passivité, alors c’est une posture qui semble inadéquate. » Il y existerait alors une manière d’être tolérant sans faire le jeu des intolérants. Mais laquelle ?

 

Comment ne pas dire à la personne qui jette son mégot dans le caniveau qu’elle pollue et que laver les filtres des STEP coûte très cher. Comment ne pas dire aux gens qui coupent la parole aux autres que c’est impoli. Comment ne pas réagir à des remarques racistes ? Comment ne pas dire à la personne défendant la soumission de la femme qu’on ne tolère pas l’intolérance ! La tolérance s’arrête-t-elle là où commence l’intolérance de l’autre ?

 

Pourtant, quelle est cette petite voix en nous qui nous interdit d’interdire ? C’est la petite voix que j’appelle « libérale ». En effet, le jeteur de mégot défendra sa liberté à le jeter. Le grand parleur défendra sa liberté d’expression. Le raciste défendra sa supériorité. Et le masculiniste défendra ses privilèges. Et nous, nous comprenons que tout ce petit monde défende ce qui est considéré comme un droit. Mais comprendre ne signifie pas accepter.

 

Finalement donc, nous avons discuté les conditions de possibilité de la tolérance. Déjà, la tolérance ne va pas de soi. C’est une notion qui s’acquiert. Ensuite, il semble qu’une des conditions fondamentales soit si ce n’est d’interdire, du moins de ne pas donner du poids aux forces intolérantes. Cela passe par l’éducation. Et il n’y a pas d’âge pour cela. Le jeteur de mégot ira faire un stage en STEP. Le grand parleur devra faire vœu de silence pendant une semaine. Le raciste sera envoyé quelque temps à l’étranger. Et le masculiniste restera un mois à la maison à changer des couches pendant que madame ira travailler. Qu’attendons-nous comme résultat ? Une prise de conscience, car bien souvent, l’intolérant l’est plus par ignorance que par choix. Des récalcitrants, nous attendons qu’ils ou elles changent.

 

Pour tenter de conclure, on a répondu deux choses. Premièrement, non seulement on peut être tolérant, mais on doit avoir une certaine tolérance envers les autres sous peine de faire le jeu des intolérants. Deuxièmement, si on doit être parfois tolérant, cela dépend de la situation, car une tolérance qui accepte trop d’intolérance n’est pas une tolérance digne de ce nom. 

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