Qu'est-ce qui fait notre identité ? | Genève #33
- Manoë Bachelard
- 15 mai
- 2 min de lecture
« La mort vous dépouille de tout ce qui n’est pas vous. » C’est une idée qui a été amenée par un intervenant au café-philo et cela est assez similaire à la définition de l’identité, lorsqu’elle est présentée comme un agglomérat artificiel de choix, de valeurs et de comportements qui sont revêtis par un individu. La nécessité de définir l’identité apparaît.
Historiquement, le cadre de pensée médiéval triait les serfs et la noblesse, et l’idée même d’une réflexion focalisée sur les pensées et les sentiments d’une boulangère étrangère à l’alphabet était un impensé. L’intérêt pour le vécu singulier des petites gens apparaît au XIXe siècle, grâce au réalisme. Il a pour enjeu de décrire avec finesse les tribulations de la classe ouvrière. Ceci a d’ailleurs reconfiguré la notion d’identité, puisque chacun se vit comme une personne individualisée, douée de respect et d’intérêt.
Si je me définis comme une mère diligente, je risque de m'effondrer au moment où mes enfants seront en âge de répondre à leurs besoins, car je serais contrainte de quitter l’identité de mère dévouée que je m’étais construite.
Dans la même idée, si je pense être quelqu’un de bien sur la simple créance en ma déclaration, il m’est insupportable, par contraste, de voir quelqu’un vivre avec une justice si ancrée en lui qu’il se regarde agir longtemps avant de songer à condamner les gens.
Enfin, Descartes doute sa propre existence et celle du monde. Il offre la maxime : Je pense, donc je suis. Je suis peut-être quelqu’un ou quelque chose, mais ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas rien ; car le simple fait de pouvoir m’interroger sur qui je suis, prouve qu’il y a un sujet pensant.
Pour conclure, je pense qu’il est périlleux de définir son utilité par les services qu’on rend, tel que je l’ai illustré avec la corvéable mère de famille. Quant aux principes comme le fondement de l’identité, le danger est que je finirai par détester la partie trop humaine de moi : celle qui échoue et qui regrette. Pourtant, échouer et regretter témoignent d’un dialogue entre le sujet et sa conscience et cela n’est possible qu’à un être pleinement existant.
À mon sens, notre identité est ainsi une essence immuable et unique, qui est insensible aux aléas du hasard et des rencontres. Elle est le seul point d’ancrage vers lequel tendre, afin d’être authentique, comme au Café-philo.



Commentaires