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Sommes-nous moralement défini·es par nos actes ou par nos pensées ? | Fribourg #20

Lors de ce café-philo, nous nous sommes intéressé·es à l’une des questions majeurs de la philosophie…et des tragédies. En effet, si nous nous demandons si nous sommes moralement défini·es par nos actes ou par nos pensées, c’est parce que histoires comme l’Histoire abondent en drames involontaires et en tentatives inabouties.


Prenons quatre cas exemples pour guider notre réflexion. Dans le premier cas (A), nous avons quelqu’un·e qui tue une personne involontairement, lors d’un accident de voiture par exemple. Dans le deuxième cas (A’), cet accident arrive volontairement. Dans le troisième cas (B), une autre personne projette sérieusement d’assassiner un membre de sa famille mais ne l’exécute jamais. Dans le quatrième cas (B’), cette même personne commet le meurtre qu’elle avait prémédité. Retenons bien ces quatre cas.


Ces exemples nous permettent de poser une nuance claire : la combinaison de mauvaises intentions (x) et leur actualisation dans un acte volontaire et conscient (y), soit A’ et B’, est pire que dans les cas où seul l’un de ses aspects est présent, soit A ou B. Une première réponse consiste à donc dire que ce sont autant les actes (y) que les pensées (x) (que l’on désignera dans ce qui suit par le terme “intention” pour être plus précis) qui déterminent moralement un être.


Mais nous pouvons aller plus loin. Cette question nous permet en effet de relever des composantes fondamentales au jugement moral d’un être. Des critères de la morale, en somme.


Premier critère parmi les plus évidents et les plus importants : les conséquences. Prises exclusivement, elles nous feraient penser que B est moins grave que A puisque B reste sans conséquence. Mais nous pourrions rétorquer que si un accident (A) peut avoir des conséquences terribles, la personne qui en est la cause reste néanmoins partiellement victime de la situation qu’elle a provoquée. Nous pourrions donc être tenté·es de dire que c’est la personne du cas B qui est la plus mauvaise stricto sensu, puisqu’elle souhaite volontairement commettre un crime.


Ici, c’est le deuxième critère qui prime : l’intention. Ces critères tiennent de l’évidence et ne font que renforcer notre première réponse à la question du jour. Mais ils permettent de s’intéresser à d’autres composantes du jugement moral, comme le (troisième) critère du jugement en soi, de l’acte de juger. En effet, pragmatiquement, pas de jugement moral sans jugement ou possibilité de juger. Le cas de B ne fonctionne que parce que nous avons formulé un exemple où nous avons accès aux pensées intimes de B.


Nous pourrions donc argumenter que, accéder aux pensées intimes d’un être n’étant que difficilement possible en réalité, nous ne pouvons juger que les actes. Mais cela serait oublier qu’il y a des actes qui demeurent parfois profondément secrets et que la pensée est aussi un acte (de pensée). Nous devons alors constater que même un acte intérieur ou secret peut toujours être jugé par son ou sa propre auteur·rice. Quatrième critère, celui de la source du jugement moral.


Cinquième critère, qui est probablement le plus important mais aussi le plus complexe et le plus vaste : le contexte. Dans le cas A, le jugement de la personne responsable de l’accident ne sera pas du tout le même si cette personne conduisait en toute sobriété ou non. Et il en va de même pour A’. Pour le cas B, là aussi, nous jugerons différemment la personne qui planifie un meurtre si sa victime s’avère être un horrible bourreau qui la maltraite depuis des années. B passera alors d’une personne aux pensées néfastes à un être qui cherche désespérément à se libérer.


A ces cinq critères s’ajoutent d’autres comme le question débattue du libre-arbitre. Et il faut encore considérer tout ce qu’implique la notion de contexte : le cadre historique, géographique et socio-politique, les valeurs culturelles et linguistiques, l’état psychologique, l’éducation, les influences sur le jugement moral, etc. Retenons en somme qu’actes et pensées sont deux aspects complémentaires au fondement d’un jugement moral mais que ce jugement se compose aussi de nombre d’autres paramètres, que tous dépendent d’un contexte et que certains restent parfois insolubles.

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