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Faut-il uniquement mettre l'émotion derrière le désir d'avoir un enfant ? | Genève #36

il y a 7 heures
2 min de lecture

Vouloir un enfant : voilà un désir que l'on présente souvent comme le plus naturel qui soit, presque sacré, trop intime pour être discuté au tribunal de la raison. Et pourtant, dès qu'on l'examine, la question se complique. Ce désir est-il un acte pur, qui ne devrait jamais être intellectualisé ? Ou la raison a-t-elle, elle aussi, sa place légitime dans une décision qui engage une autre vie que la nôtre ?


La première tentation est de défendre la pureté du sentiment. Faire un enfant serait un moyen émotionnel de transmettre quelque chose de soi, une forme de continuité psychologique et biologique qui échappe au calcul. Pascal aurait pu le dire autrement : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. Sous cet angle, vouloir rationaliser ce désir - lister les revenus, les diplômes, les mètres carrés disponibles - reviendrait presque à le trahir. On sent bien qu'il y a là quelque chose d'irréductible à la logique : la nature ne demande pas la permission de la raison pour s'exprimer - la vie, pour les connaisseurs, trouve toujours son chemin.


Mais dire cela suffit-il ? Vouloir un enfant et pouvoir l'élever ne sont pas la même chose. Le désir peut naître à quinze ans dans une situation précaire, sans les moyens ni la maturité pour porter la responsabilité qui vient avec lui, ou se heurter, à l'inverse, à une législation qui le bride, comme dans le cas de l'adoption. La société elle-même trace des lignes : le mariage précède l'enfant, la précarité l'interdit de fait, la pression pèse différemment sur les hommes et sur les femmes. Si l'émotion seule suffisait, ces obstacles n'existeraient pas. C'est bien parce que l'acte engage un avenir - celui d'un être qui n'a rien demandé - que l'intellect s'invite dans la pièce, presque malgré nous, pour évaluer si l'on peut réellement accompagner cette vie plutôt que de simplement la vouloir.


Il y a aussi une part plus trouble à interroger : celle de l'égoïsme. Vouloir un enfant, n'est-ce pas d'abord vouloir quelque chose pour soi - se prolonger, se rassurer sur sa propre finitude, réussir là où l'on pense avoir échoué ailleurs ? Le désir d'enfant comme espoir d'un futur meilleur porte en lui cette ambiguïté : il peut être un don véritable, tourné vers l'autre, ou une manière plus subtile de parler encore de soi-même en croyant parler de lui.


Peut-être que la vraie question n'est pas de choisir entre l'émotion et la raison, mais de comprendre pourquoi on les oppose si spontanément. Le désir pur n'existe sans doute pas plus que le calcul pur : nous ne sommes jamais un cœur sans tête, ni une tête sans cœur. Vouloir un enfant, c'est peut-être justement ce moment rare où l'on est sommé de faire tenir ensemble ce qui, d'ordinaire, s'ignore poliment - accepter de désirer, tout en acceptant de réfléchir à ce que ce désir engage pour un autre que soi. Et c'est peut-être précisément le fait de se poser la question, sans réponse simple, qui est la marque d'une décision prise avec sérieux.

 
 
 

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