À quoi bon se faire autant de soucis, alors que nous sommes destinés à mourir ?
Si la mort constitue une certitude dont seule l’échéance nous échappe, le souci, quant à lui, demeure une variable sur laquelle nous pouvons agir.
La conscience de notre mortalité pourrait ainsi nous aider à distinguer les préoccupations fondamentales des inquiétudes secondaires. Le memento mori ne devrait pas nécessairement susciter l’angoisse, mais plutôt nous inciter à vivre pleinement le présent, selon l’adage carpe diem. Toutefois, le souci possède également une fonction préventive : en tant qu’êtres de projets, nous devons anticiper les obstacles et envisager les dangers susceptibles de compromettre notre avenir. Il ne s’agit donc pas de supprimer toute inquiétude, mais d’apprendre à la maîtriser.
Une distinction importante a également émergé entre la mort et l’expérience de mourir. Nous ne faisons jamais véritablement l’expérience de notre propre mort ; nous éprouvons plutôt la maladie, la souffrance et la séparation d’avec nos proches.
La hiérarchisation des soucis soulève néanmoins une difficulté : comment déterminer quelles souffrances méritent davantage notre attention ? Les conditions d’existence sont profondément inégales et les individus ne subissent pas les mêmes épreuves.
Par exemple, sur un échantillon de rescapés de guerres, certains seront durablement traumatisés, d’autres pourront s’en remettre progressivement et d’autres encore n’auront pas été traumatisés du tout ; la souffrance psychologique est donc difficilement quantifiable.
Enfin, la discussion a conduit à interroger le sens même de l’existence. Puisque celle-ci ne nous garantit aucun sens préétabli, il nous appartient de choisir la manière dont nous souhaitons l’habiter. La formule « prendre les choses au sérieux, sans se prendre au sérieux » résume particulièrement bien cette posture : reconnaître la gravité de certaines situations sans laisser nos inquiétudes absorber notre existence. Il ne s’agit donc pas de vivre dans l’insouciance, mais de développer une forme de souplesse existentielle, en faisant de notre mieux avec les cartes qui nous ont été distribuées.

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