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Où se trouve la beauté ; dans le regard ou dans la chose regardée ? | Genève #37

il y a 16 heures
2 min de lecture

La beauté ne semble pas pouvoir être réduite à quelque chose de purement subjectif. Les goûts diffèrent considérablement entre les individus, mais ils ne sont pas nécessairement innés ni immuables : ils s’affinent et se développent grâce à l’expérience. Si j’avais grandi en Thaïlande, mon palais aurait probablement été différent de celui d’une personne ayant grandi en Suisse. Les saveurs auxquelles j’aurais été habituée auraient influencé mes préférences. Il en va de même pour le vin : apprendre à distinguer ses nuances permet de percevoir des qualités qui nous échappaient auparavant. Je me demande alors si la beauté fonctionne de la même manière. Nous n’apprenons peut-être pas seulement à apprécier le beau, mais aussi à le reconnaître. Notre regard est influencé par notre culture, notre époque, notre éducation et les œuvres auxquelles nous sommes exposés. Certaines formes artistiques sont valorisées parce qu’elles appartiennent à une culture dite légitime, tandis que d’autres, comme le rap, sont parfois jugées plus sévèrement. Pourtant, la provocation ou la vulgarité peuvent également exister dans des œuvres reconnues et être qualifiées d’audacieuses ou de subversives. Cela nous invite à interroger les critères qui déterminent ce que nous considérons comme beau.

Cependant, la beauté ne peut pas être entièrement une construction sociale. Si tel était le cas, il suffirait de nous enseigner qu’une chose est belle pour que nous l’appréciions. Or, deux personnes peuvent ressentir des émotions très différentes face à une même œuvre. La beauté ne semble donc être ni totalement indépendante du regard, ni entièrement créée par celui-ci.

La notion de sublime chez Kant permet d’éclairer cette réflexion. Le sublime naît d’une expérience qui nous dépasse et suscite à la fois fascination et vertige. Je pense, par exemple, au silence d’une cathédrale, mais aussi aux hommes qui ont charrié ses pierres pour construire un édifice qui leur survivrait. Le lien entre un mourant et la personne qui le veille peut également être sublime, car il révèle à la fois la fragilité de l’existence et la profondeur des relations humaines. Ces exemples montrent que la beauté pourrait se trouver dans la rencontre entre l’objet et celui qui le regarde. L’objet possède certaines qualités, mais le regard les interprète et leur donne un sens. En retour, l’œuvre peut transformer notre manière de percevoir le monde. La beauté serait alors moins une propriété fixe qu’une expérience relationnelle.

La beauté serait donc ce point de rencontre fragile entre ce qui est regardé et celui qui regarde.

 
 
 

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