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Comment l'émerveillement peut-il changer notre regard sur la vie ? | #24

Nous sommes des êtres capables de nous émerveiller. Nous sommes des êtres capables de considérer un objet nouveau ou du quotidien et d’y découvrir quelque chose de beau et d’inattendu qui nous enchante, fait briller nos yeux. Cela dit, comme le sous-entend la question du jour, comment cette expérience influence-t-elle notre regard sur la vie en général ?


Commençons par la décrire. L’émerveillement, c’est l’expérience heureuse d’une prise de conscience réjouissante, celle d’un objet dont nous n’avions à ce jour pas perçu (toute) la beauté. C’est une expérience qui nous procure un sentiment de bien-être, voire un certain optimisme, un soupçon de légèreté. Un oiseau qui virevolte dans les cieux, un bébé qui somnole dans son berceau, un soleil qui se couche à l’horizon, une heureuse nouvelle inattendue ; les exemples ne manquent pas, aisés à concevoir.


L’émerveillement peut vraisemblablement s’appliquer à toute chose, même la plus futile. Cela dit, pour le remarquer, une certaine disponibilité est requise. Au quotidien, embourbé·es dans nos problèmes, nous passons souvent à côté de ces petits riens qui pourraient égayer notre journée ou nous offrir l’occasion d’une belle pensée. Bien sûr, ils savent parfois nous surprendre, comme un oiseau qui se poserait devant nous. Mais nous pouvons admettre qu’un regard ouvert et disponible doit être cultivé, se construire envers et contre nos valeurs, notre éducation et nos expériences.


Ce qui est curieux ici, c’est ce qu’il nous faut d’abord cultiver ce regard pour le préserver, avant même de le voir grandir. Les enfants, l’esprit généralement plus libre, curieux et souple, s’émerveillent bien plus facilement que les adultes. Tout leur semble encore nouveau, étrange ou surprenant. Et petit à petit se construisent les habitudes, les priorités, les charges mentales, etc. Ce n’est pas pour rien que nous sommes plus touché·es par la beauté d’un paysage lorsque nous sommes en voyage que sur le chemin du travail.


Et en même temps, un·e adulte peut s’émerveiller de choses progressivement plus complexes et stimulantes qu’un enfant. Il suffit de discuter avec un·e passionné·e d’astronomie pour s’en rendre compte : iel est fasciné·e là où nous ne voyons presque rien. Et ce constat permet de relever que l’émerveillement incite à l’ouverture, à la recherche du beau là où on l’aurait décelé et là où l’on pourrait encore le découvrir. La beauté de ce papillon qui passe devant moi m’invite à considérer la beauté de la nature et, peut-être, de la fleur sur laquelle il se pose.


L’émerveillement participe donc à étendre et construire notre rapport au monde, dans nos observations comme, indirectement, dans nos actes. Le papillon aperçu peut, par exemple, nourrir ma sensibilité pour l’écologie et m’inciter plus grandement à agir pour le bien de la planète. Mais en même temps, je peux le considérer naïvement, en toute légèreté, sans songer à l’urgence climatique et aux ravages causés par l’espèce humaine. De là cette interrogation qui s’est progressivement immiscée au centre de notre discussion : quel est le “bon” regard qu’il faut poser sur ce qui nous entoure ?


D’un côté, il semble insoutenable de ne voir que la misère du monde. D’un autre, réduire le monde entier au simple opposé du merveilleux, à savoir la banalité, ne semble pas non plus une option souhaitable. A choisir entre des extrêmes, ne voir que la beauté de ce qui nous entoure semble clairement la solution la plus agréable. Mais nous voyons sans difficulté comment cette option peut être celle d’une fuite en avant, un voile face à certains problèmes, un leurre pour s’induire en erreur et embrasser une naïveté aux airs de déni, que ce soit par lâcheté ou par égoïsme.


La solution se trouve plus probablement dans un juste milieu, dans le développement d’un regard ouvert et attentif mais surtout lucide et critique. Un regard qui ne voit pas le verre qu’à moitié plein ou à moitié vide mais le verre tel quel, inspiré par tout ce qu’il contient de merveilleux, conscient de tout ce qu’il a de banal et acceptant de reconnaître tout ce qu’il possède de mauvais. L’exercice est difficile à réaliser. Il demande du courage et toujours plus d’efforts et de volonté dans un monde qui ne semble ni aller bien, ni aller dans la bonne direction.


Cela dit, c’est la voie la plus sûr et la plus juste pour porter un regard clairvoyant et honnête sur le réel, un regard où l’émerveillement à sa place en toute sobriété, sans censure ni excès. Ce n’est qu’en cherchant à considérer le monde tel qu’il nous est donné dans sa complexité déroutante que nous serons à même de nous forger les idées les plus sages et les plus pertinentes Et d’agir en conséquence, au plus près du juste et du vraisemblable.

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