La culpabilité est-elle inhérente à la condition humaine ? | Lausanne #24
- Yann Costa

- il y a 3 jours
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Le débat s’est ouvert sur un exemple très concret : cette culpabilité diffuse qu’on peut éprouver pour des choses banales — comme se sentir « mauvais maître » parce qu’on ne s’occupe pas assez d’un chien adopté. Pourquoi ce sentiment prend-il autant de place ? Est-ce un réflexe moral, une construction sociale, ou un trait constitutif de l’humain ?
Très vite, une distinction essentielle est apparue : être coupable n’a rien à voir avec se sentir coupable. La faute peut être objectivement réelle ou entièrement imaginaire. Certaines personnes ne ressentent presque jamais de culpabilité — on a évoqué les psychopathes — tandis que d’autres s’accusent intérieurement même lorsqu’elles n’ont rien « fait de mal » sur le plan individuel, simplement parce qu’un mal existe dans le monde. Cette dissociation entre le fait et l’émotion a nourri une grande partie de la discussion.
La dimension culturelle est revenue à plusieurs reprises. La religion catholique, notamment, a profondément imprimé dans nos sociétés une logique du péché et de la faute. Mais pour se sentir coupable, deux conditions sont nécessaires : être conscient de transgresser une règle, et reconnaître la validité de cette règle. On ne se sent coupable que vis-à-vis des normes auxquelles on adhère. L’exemple d’un enfant qui insulte sa grand-mère illustrait cela : il cesse lorsqu’il a internalisé la souffrance de sa grand-mère.
La culpabilité a alors été envisagée comme un mécanisme d’autorégulation, un signal interne qui nous indique qu’une action a porté atteinte à quelque chose — une relation, une règle, une valeur. Sous cet angle, elle serait même nécessaire au vivre-ensemble : si personne ne se sentait jamais coupable, il faudrait une autorité externe pour surveiller et sanctionner. Certaines sociétés qui fonctionnent bien sont justement celles où la régulation morale est largement internalisée.
Cependant, la culpabilité peut aussi être instrumentalisée. Des groupes, des religions, des États peuvent transformer ce sentiment en outil de contrôle. À l’inverse, certains soutiennent qu’« un État de droit n’a pas besoin que les individus se sentent coupables tant qu’ils respectent la loi » : sinon, c’est la société qui impose son code moral à chacun.
En arrière-plan, une dernière question a émergé : est-il vraiment souhaitable de se débarrasser entièrement de la culpabilité ? Peut-être que vouloir l’abolir totalement, c’est refuser l’idée même qu’on puisse blesser, manquer, ou décevoir. Une manière subtile de fuir la responsabilité. À l’inverse, trop de culpabilité paralyse et étouffe.






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