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La superficialité est-elle un défaut ? | Fribourg #23

La superficialité est-elle un défaut ? Question simple, en apparence. En y réfléchissant, elle nous permet de souligner les liens entre l’éthique et l’esthétique. Et de faire remonter à la surface les nombreuses (pré-)conceptions et confusions qui nous constituent, enfants d’une société de l’image.


Plusieurs tentatives de définition sont proposées puis opposées. On dit d’abord que la personne superficielle est celle qui donne du temps, de l’attention, bref, de l’importance à son apparence. On lui associe une certaine élégance, du style, de la coquetterie…et une certaine légèreté. On s’imagine la figure d’un·e dandy. En même temps, certain·es affirment qu’une personne au style minimaliste pourrait aussi être qualifiée de superficielle. Paradoxe ?


Pas vraiment. Car toutes ces images pourraient correspondre à une personne superficielle mais ne la rendent pas superficielle pour autant. Un exemple suffit pour l’affirmer : oserions-nous dire d’un·e marié·e, qui au grand jour paraît dans toute sa splendeur, qu’iel est superficiel·le ? Peu probable car toute l’attention portée à son image concourt ici à quelque chose de plus grand, de plus important, de plus profond : la sacralisation d’un amour par les liens du mariage.


C’est cette idée de profondeur, de grandeur, cette idée qu’il y a quelque chose au-delà des apparences, qui nous permet de considérer l’attribut principal de la superficialité. La superficialité, c’est l’idée de rester en surface. C’est lorsque la forme excède, efface ou n’évoque plus le fond. C’est un iceberg, dont la superficie et l’apparence en surface masquent toute son ampleur. C’est un humain, dont les artifices déployés cachent la beauté véritable : fragile, imparfaite…mais authentique.


Notre confusion s’explique alors : nous avons pensé à partir des apparences. C’est bien normal car c’est d’elles que tout part. Mais la superficialité, c’est lorsque tout s’arrête à elles, lorsqu’il n’y a rien (de donné ou en soi) au-delà ou en-deçà des apparences. Si nous nous étions arrêté·es aux apparences, notre raisonnement, à son tour, aurait été superficiel. Comme le dit l’adage, les apparences sont trompeuses…Certes mais elles ne le sont que dans la mesure où notre jugement reste en surface, dans l’erreur et l’ignorance.


Il y a une part de tromperie dans la superficialité. Celle-ci s’articule de plusieurs façons. L’apparence d’une chose, d’une idée ou d’une personne peut nous induire en erreur en ne cherchant à montrer que certains aspects, positifs ou négatifs, pour en masquer d’autres. Dans certains cas, il se pourra même que ce qui est caché, c’est le fait qu’il n’y a rien au-delà des apparences. Des coquilles vides, comme le dit une autre expression. Et finalement, nous l’avons appris, la façon dont nous jugeons d’une chose, d’une idée ou d’une personne peut aussi être superficielle. Et donc trompeuse.


En restant en surface, la personne superficielle trompe ou se trompe, qu’elle le veuille ou non. Et si nous nous demandons pourquoi cela arrive, alors la réponse est aussi vague que simple à évoquer : nous manquons d’éducation, que celle-ci soit lacunaire ou mal orientée. Nous restons en surface car on nous a inculqué toute l’importance de soigner les apparences mais pas celle de cultiver ce dont les apparences ne devraient être que les apparences. Une mauvaise attribution de valeurs, en somme, nourrie par des idéologies comme le patriarcat et le capitalisme.



Une remarque toutefois. Que dire d’une personne qui travaille dans l’accueil, le service ou l’hôtellerie ? Ou d’un père qui ne montre pas sa souffrance à son enfant ou à sa patronne car cela ne lui semble pas bénéfique ? Il semble qu’il vaille parfois mieux rester en surface, pour se protéger ou protéger autrui. Mais pouvons-nous pour autant parler de “superficialité” ? En un sens oui mais il faudrait noter que c’est avec une certaine conscience et au nom de valeurs comme l’accueil, la bienveillance, la prudence, etc. que le fait d’en rester aux apparences prend place.


Une superficialité qui aurait ses raisons d’être car les apparences seraient alors à nouveau au service de quelque chose de plus grand, trompeuses mais à raison. Voilà qui nous offre un premier aperçu de cette notion ambivalente et complexe. Espérons maintenant que nous saurons aller plus loin que cette première esquisse – sur ce sujet comme tant d’autres – dans un monde d’artifices et de mises en scène. Un monde où ce texte risque bien de n’être qu’un post parmi d’autres, entre une photo trompeuse et des reels sans réalité…

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